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dimanche 21 mai 2023

éloge de la lenteur


ce serait un pays où l’on vivrait
comme dans un film au ralenti
après des heures à se dessiner
le sourire ne se refermerait jamais plus sur le visage
dans l’air du matin les mains s’écarteraient
sur des cercles imaginaires
chassant les vents contraires
volutes longtemps évoqués
construisant le vide devenu le tout

la marche sans but prendrait la forme
d’un rituel initiatique de la respiration
l’esprit ne serait plus qu’un calme absolu
répandant son énergie dans l'être
peut-être même n’aurait-on plus besoin de parler
les rencontres préparées par la pensée
s’étant irriguées de cette chaleur diffuse

la mère caresserait son fils
d’un geste si langoureux
qu’il fermerait les yeux
rêvant au paradis de coton bleu
où les enfants rois décident de tout

les chats encore plus paresseux
n’en finiraient plus de s’étirer
sur les couettes laineuses
même l’araignée au diapason
tisserait sa toile en un siècle
sur les murs des maisons

dans les jardins multicolores
les fleurs effarouchées
s’ouvriraient mollement
refusant de se dévoiler trop tôt

parfois il tomberait une faible pluie
si douce et venant de si haut
qu’elle parfumerait la peau
des senteurs colorées du ciel

sur la grève peuplée de souvenirs
la marée au rythme lunaire
laisserait aux amoureux
le temps de priser son spectacle

et le vent qui chasse tout en riant
clamerait dans les plaines du pays
sa fierté d'être tiède frissonnant
seul messager du bonheur infini

hommage à Milan Kundera et Carl Honoré

lundi 21 novembre 2022

Arrête le temps

arrête le temps
assieds-toi sur une chaise face au soleil
pose les mains sur les genoux
tranquille
lève le menton pour dérider le cou
déjà t'as l'air moins vieux ainsi
t'es drôle la tête en l'air
tu ressembles à un pingouin
qui chercherait les bruits de l'univers
ferme les yeux
laisse la lumière te chauffer la peau du visage
suis la fièvre qui court et descend vers les épaules et les mains
tout doucement progressivement
il faut absolument qu'elle arrive jusqu'au pied
cette chaleur du ciel
et qu'elle penètre la terre
à travers toi
alors seulement
tu seras lié au monde
tu seras peut-être yin et yang
mais pas encore
respire doucement
sans faire de bruit
par le ventre par le centre
soyons précis gonfle le ventre quand tu inspires
et creuse-le quand tu expires
voici le souffle chinois de l'énergie
et du taichi
qui te baigne et te prends avec lui
filtre les sons
ne laisse entrer que ceux qui te plaisent
l'appel de l'oiseau
le vent qui bruisse
et d'ailleurs
peu à peu
tu n'entends plus les sons
tu ne perçois que les vibrations
et voilà
c'est tout
tu as rajeuni de quelques minutes
pendant tout ce temps où tu as oublié le temps
c'est même mieux que cela
en fait le temps t'a contemplé
et il s'est arrêté
par respect pour l'homme qui cherche