mardi 20 septembre 2016

Biographie sommaire de Zhang Qinlin

(extrait du livre de Maître Wang Yen-nien, traduit en français par Sabine Metzlé) 

Zhang Qinlin qui reçut la transmission secrète du taichi par la famille Yang
Zhang Qinlin naquit en 1887 dans le comté de Xingtai dans le Hebei. Ses parents, de pauvre condition, moururent dès son plus jeune âge. Son attrait pour les arts martiaux le conduisit, à l'âge de 14 ans à s'engager comme jardinier chez Yang Jianhou. Là, à chaque moment libre, il en profitait pour étudier les techniques du Taiji quan avec Yang Chengfu, le fils de Yang Jianhou. Parfois, tous les élèves se mesuraient entre eux et, lui-même, tira grand profit à observer et à se frotter à ses condisciples, ce qui lui permit de faire de rapides progrès dans l'art de la boxe. (La classe se composait de Tian Zhaolin, Yang Zhaopeng, Wo Zhenhai, Dong Yingjie, Chu Guiting, Chen Weiming, etc.)
Plus tard, un ami, étudiant de l'Ecole Li, l'introduisit auprès du taoïste Zuo Yifeng, de la secte "La Perle d'Or" (Jing dan pai). Il étudia le Neigong et la technique de rejet et d'absorption (tuna) des taoïstes. De lui-même, il combina ces exercices respiratoires avec la pratique du Taiji quan ce qui eut pour effet d'affiner davantage sa technique. Le nom taoïste "Le Sans Peur" lui fut donné par Zuo Yifeng.

En 1914, un célèbre maître de boxe du Hunan, Wan, qui voyageait dans le Hubei pour s'informer sur les différentes techniques de combat auprès de maîtres prestigieux, arriva un jour à la demeure de la famille Yang. Se présentant à Yang Chengfu, il l'invita à combattre, mais celui-ci, ne sachant pas les intentions de Wan, déclina l'invite. Les étudiants, décontenancés par ce refus, ne surent quelle attitude adopter. Zhang Qinlin, qui se tenait au côté de son Maître, et ne voulant pas que celui-ci parût faible, sortit résolument des rangs et se présenta devant Wan. Wan, voyant que ce n'était pas Yang Chengfu en personne qui s'avançait, contint à peine son mépris en insistant pour avoir une entrevue avec le maître. Alors, Zhang Qinlin lui répondit: "Mon Maître vous recevra en personne après que vous m'ayez vaincu." Wan comprit qu'il ne pourrait pas rencontrer Yang Chengfu si auparavant il ne montrait son adresse. Sans plus attendre, il décocha soudainement un coup de poing à Zhang Qinlin qui para l'assaut en levant le poing. Wan, un tantinet surpris, leva cérémonieusement les bras et s'écria "Gaoming!" (Sublime) puis s'en alla. Il y a tout lieu de croire que lors de la parade, Zhang Qinlin endommagea sérieusement le poignet de Wan. . . .
Yang Jianhou, fils du célèbre Yang Luchan (le fondateur de l'Ecole Yang de Taiji Quan, qui observa la scène, fut saisi par la bravoure, le talent et la maîtrise de Zhang Qinlin. Aussitôt après le premier échange, il constata également que Wan, réalisant la difficulté se retira; ce qui mit fin à une situation sans issue en préservant la réputation de la famille Yang. Yang Jianhou reconnut en ce geste l'amour sincère que témoignait Zhang Qinlin à l'égard de son maître et que ses qualités méritaient qu'on s'intéressât à lui. Aussi, lorsque la nuit fut avancée, il le fit venir secrètement dans sa propre chambre, puis, nuit après nuit, il lui transmit les secrets du Taiji quan qu'il avait reçus de son père.
Yang Jianhou expliqua que Yang Luchan, à cause de sa renommée, fut contraint par les Mandchous à enseigner son art au palais impérial. Mais, ne voulant pas mettre entre les mains d'un autre clan les secrets de sa famille, il ne donna à la noblesse que des banalités. Plus tard, des combattants renommés vinrent de toutes les contrées le solliciter pour recevoir son enseignement. A ces nouveaux venus, il ne put enseigner que les mêmes techniques qu'aux Mandchous afin que ceux-ci ne s'aperçussent pas de la supercherie. Ainsi, en dehors de la famille, personne ne put connaître le véritable enseignement. Que Zhang Qinlin les reçut ne fut pas chose aisée, et c'est un bonheur pour tous ceux qui, plus tard, pourront profiter de cette chance unique qui se présenta à lui.
En 1925, Zhang Qinlin se rendit dans le Shanxi pour affaires; notons qu'à cette époque sa famille était déjà prospère. En 1929, le gouvernement central organisa une compétition de l'art national. Chaque province eut à choisir deux champions qui se présenteraient à Nanjing où se déroulerait le tournoi: l'un pour le combat à main nue, et un autre pour le combat avec une arme. Encouragé par ses amis, Zhang Qinlin s'inscrivit et remporta la première place dans le tournoi du Shanxi ainsi que la première place lors de la rencontre nationale dans le combat à main nue. Dès la fin des compétitions, Zhang Qinlin fut sollicité par Zheng Manqing pour étudier la poussée des mains, et par Hu Yaozhen, adepte du Xingyi, surnommé le "Trois provinces sans rival". Hu Yaozhen, du fait qu'il était voisin de Zhang, sut que ce dernier connaissait la réelle transmission, aussi, et bien qu'il fût plus âgé, le harcela-t-il afin qu'il l'acceptât comme élève. Quémandé par trois autres intéressés: Wang Shanzhi et Li Yanlong du Hubei, plus Lui Zhiliang du Shanxi, il finit par tous les accepter ainsi que d'autres postulants. Bien que tous eussent successivement sollicité Zhang Qinlin pour la poussée des mains, peu d'entre eux s'y adonnèrent, et aucun ne fut capable d'assimiler tout ce qui leur fut enseigné.
A la secte "La Perle d'Or," mon Maître Zhang Maolin, qui portait le nom taoïste "Sans Forme," m'introduisit auprès de Zhang Qinlin (Dans la secte "La Perle d'Or" Zhang Maolin était le frère de Zhang Qinlin). Avec lui, j'ai étudié l'art de la boxe; je reçus l'enseignement tel qu'il lui fut transmis par la famille Yang et je vins à en avoir percé toutes les subtilités!' Pendant le guerre contre les japonais, mon frère Su Qigeng perdit la vie en participant à la défense de Taiyuan, et Zhang Qinlin resta sur le continent sans pouvoir nous rejoindre après que le rideau-de-bambou fut tombé. Jusqu'à ce jour, je ne sais pas si mon maître est toujours en vie. La tête dressée et le regard pointant vers l'ouest, je ressens une profonde gratitude à l'égard de mon maître pour tous les bienfaits de son enseignement en retour desquels je serai à jamais redevable.
Pour éviter que cet enseignement se perde avec le temps et que l'on me prenne pour un renégat ou que l'on m'accuse de légèreté, je paierai mon tribut en donnant satisfaction à tous ceux qui viendront apprendre, en leur faisant partager et découvrir les tenants et aboutissements de cet art que j'ai reçu. Cela est mon plus grand désir!
Wang Yen-nien, Taipei

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